Vendredi, ce sera Halloween. La fête des morts ? Pas vraiment, non. Elle vient de la fête celtique de Samhain, qui marquait la fin des récoltes et le début de l’hiver. Les Celtes pensaient qu’à cette période, le monde des morts et des vivants se mélangeait. Le nom même de « Halloween » vient de « All Hallows’ Eve », qui, traduit de l’anglais, signifie « la veille de la Toussaint ». C’est – c’était – surtout une fête commerciale, permettant de remettre une pièce dans la machine, juste avant Noël. Paul avait fait une décoration spéciale une fois au shop, mais ça n’avait pas pris. Pire, certains clients avaient demandé pourquoi il avait fait cela. Et, comme il avait du temps à perdre, il aurait pu s’impliquer plus dans la communauté.
La communauté. C’était le truc depuis les élections. Le fait de redistribuer de l’autonomie aux villes et aux villages avait amené les Vieux, les Ancêtres, à se (re)mobiliser comme dans les temps anciens. Certains avaient vu cette autonomie comme un moyen d’évolution et de communication. D’autres comme une façon de passer le temps. Les agoras étaient revenues. Au sens originel du terme. Dans chaque village, la place publique avait été refaite, améliorée, végétalisée si besoin. Des bancs, des chaises avaient été amenés. Si besoin, un bar avait même été ajouté. Le centre vivant de la cité avait de nouveau été le cœur des décisions, des débats. Le marché revenait plus régulièrement, et l’hiver approchant il restait toutefois moins longtemps.
C’était bien vu de participer à la communauté donc, et de s’exprimer en public. Ainsi, tout le monde ou presque participait aux décisions. Tout le monde participait aussi aux tâches. Ou approximativement, il y avait comme toujours des fainéants et des bons à rien qui excellaient dans l’art subtil de la disparition temporaire de bon aloi. Les Ancêtres surveillaient que ce qui était dit était bien fait, et rapportaient au conseil suivant leurs observations.
La chose cool en tout cas, c’est que c’était une semaine de débrayage au niveau des cours. Les enfants ne sont donc pas en classe du tout. Depuis le début de l’année, l’école teste un nouveau rythme. Le matin de 8 h 30 à 12 h 30. Puis repas à la cantine. L’après-midi est réservé aux activités sportives et artistiques. La directrice de l’école applique donc l’adage “un esprit sain dans un corps sain” à la lettre. C’est tant mieux. Julien n’est pas le seul à le penser : Sophie partage son point de vue également. Les enfants sont plus curieux, plus ouverts. C’est peut-être le fait que la télé n’existe pas ou plus ou presque. Ils sont plus souvent dehors, à jouer, avec les enfants de Paul bien sûr mais également avec d’autres camarades de l’école. Ils se sont bien intégrés, vite et sans désagréments particuliers. Probablement même que c’était Sophie qui avait eu le plus d’inquiétudes. Mais non, Théo et Jade ont été pris sous l’aile d’Anaïs et Mathis et tout s’est bien passé.