Il est 15 h 45, on est vendredi, ça fait presque un mois que je touche le fond.
Ça. C’est le constat de départ.
Après…
Après, je crois que le moindre détail me soule, je prends la mouche à peine la vanne sortie. Je réagis violemment à la moindre réflexion ou regard jugé « non conforme ». Et la « non-conformité » pour moi et la conformité pour les gens…
Une journée type en ce moment ? Levé vers 8 h 30, douche, métro, je taffe comme un malade pendant 9h (plus ou moins deux heures de pause, glandouillage, « délires ») puis je rentre, je bouffe – si j’y pense, si j’ai faim, si j’ai envie de me préparer à manger – et je me fous sur mon ordi. Je ne fais rien de constructif (si ? Ah oui, une image – now.here. – en une journée), je taffe même plus sur des trucs qui me motivent. Je me pieute vers 2 ou 3h du mat’…
Bah ouais.
Bizarrement, ça commence à se voir que je pète les plombs.
Des détails.
Des détails du genre mon boss qui me qualifie de « franc-tireur » (ça passe, j’aime ce terme), mon meilleur pote qui me demande de me calmer sous peine que je fasse un carnage ou un autre qui me demande si ça va, de manière sincère, non plus le délire habituel…
Et moi là-dedans ? ?
No sé. Je te rejoins, mec : CHAIS PAS.
Ah si, j’sais : j’ai l’impression d’être dans un lac, noir, immense, sans rien où me raccrocher, à part un bateau pas si loin que ça (mais si loin en même temps) où se trouve le « clan ». Eux essaient de me choper, tandis que les emmerdes, les problèmes et les questions, elles, essaient de m’emmener vers le bas… J’ai la tête hors de l’eau. Pour combien de temps ?
Pourtant, je fais des efforts. Je me défoule sur mon clavier (je viens d’exploser le deuxième en moins de 2 semaines), sur moi (scarification au couteau sur les avant-bras ou soulagement de tête…), j’essaie d’être poli avec tout le monde, même si c’est trop dur et que j’ai envie de répondre « va te faire foutre » au lieu de « ok, j’m’en occupe ».
Je ne sais pas quoi faire pour « être bien ». C’est même pas une question d’être bien ou pas, en fait. Juste que je ne sais pas où je vais. L’impression de cumuler les conneries. Comme tu disais l’autre, être un padawan dans mes sentiments…
Pourquoi ?
Je ne sais pas. Je rends la vie impossible à mes potes, ma copine, mes collègues (bizarre de parler de collègues, non ?). Et, à moi aussi. À croire que ça me plait de me morfondre dans ma merde… Je dois être fou. Ou con. À la limite, je préfèrerais le qualificatif de fou (la folie peut être considérée comme du génie si on se démerde bien)…
Ma vie part en couille à cause de mon cerveau. Je suis avec quelqu’un qui m’aime. Et, même ça ne me maintient pas la tête hors de l’eau ! Quand je regarde la situation entre cette fille et moi, j’ai l’impression que si ça continue, c’est elle qui va le plus souffrir. Qu’elle va se brûler à mon contact. Et – bizarrement – j’en ai pas envie. À croire que je veux vraiment être tout seul dans la merde. C’est dommage, ça pourrait marcher. Mais ça ne marchera pas. Pas maintenant. Pas envie. Pas envie de me menotter à quelqu’un, de devoir lui rendre des comptes. Même si c’est virtuellement, réellement, je dois dorénavant penser en termes de « nous » et non plus de « je ». Or, ce que je supporte moi, je n’ai pas envie de le partager… Trop sombre. Trop dangereux. Cette fille trop… innocente ? Dommage. Really.
Je préfère mes potes. L’impression que, pour eux, ils me laissent me démerder, m’enfoncer. Mais au moindre stress réel, ils sont là. Surtout toi ma poule.
Je ne cherche pas à m’excuser. Plutôt à essayer de me chercher. J’ai des trucs à faire personnellement (ouais, me suis pas encore fait de porn-star, faudrait que j’y songe) et collectivement (l’asso bordel, que ça au moins, ça marche, que j’ai fait quelque chose de bien dans ma vie…). Alors, au cas où vous vous poseriez des questions : j’ai PAS envie d’en finir avec la vie.
Parce que, mine de rien, il y a des fois où le voile gris se déchire (un sourire échangé dans le métro, une vanne, un mail, une soirée avec vous…)
Mais là, en ce moment, le côté obscur de la force me démange.
À part ça ?
Euuuhhh.
Merci. Merci d’être là. Merci d’être comme vous êtes. Même si parfois (souvent pour certains) on se fight, ben… j’vous aime mes loutres.
Merde.
Je vire dans le sentimental.
Le seul truc que je sais, c’est que je ne sais presque plus rien.
Le seul truc que je veux, c’est me retrouver.
Alors pardon. Pardon de vous emmerder, de vous répondre « insolemment » (je sais pas ce que ça veut dire, mais c’est comme ça que l’on considère que je réponds au taf…)…
Mais j’vous jure que je vais faire de mon mieux pour m’en sortir.
Vite.
Sous peine de craquage complet.
Pourtant vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien d’imaginer que vous explosez la tête de quelqu’un. Pas votre pire ennemi, non, même pas, sans aller jusque là : il vous suffit de prendre la première personne qui vous fait chier. Et vous lui fracassez le crâne contre le pylône, avec ses couilles à la hauteur de l’extincteur, pour que ça fasse bien mal. Ou que vous preniez la responsable de com’ et que vous lui fassiez rentrer son ordinateur dans son corps, forme moderne de piercing technologique.
Ah, si, vous saviez ? ‘Scusez moi, j’oublie parfois que je ne suis pas dieu. Ou Dieu. Tout dépend de votre religion… et surtout de votre façon de voir l’orthographe.
Je crois tout savoir, dès que ça ne me touche plus. Ou pas. Ou du moins, pas directement… ?
Je vous jure que j’ai essayé de faire quelque chose. Le docteur me l’avait dit. Maîtriser mes instincts. Contrôler mon cerveau. Essayer de penser au futur proche, et non plus immédiat.
Ça a marché. Ça avait toujours marché. Ça ne marche plus.
Je vais craquer.
Je le sais, je le sens.
Ça va être horrible.
Mais pas pour moi.
Pour eux.
Surtout pour eux.
Ils me conseillaient de me lâcher ? Je vais le faire… On va voir s’il valait pas mieux pour eux que l’ours reste dans sa tanière…
Je vais d’ailleurs écrire le plus fidèlement possible ce que je pense et ressens. Ce journal sera mon exutoire. Que la thérapie commence. Et qu’elle me soit utile, au nom du Tout-Puissant.
Je suis un guédro. Un drogué, pardon. Faut que j’arrête de parler comme j’écris. Non, d’écrire comme je parle. Désolé. Mon phrasé n’est pas des plus performants et je m’en excuse.
Mort de rire. « LOL », c’est plus court et plus rapide.
Depuis que je suis free lance, je suis libre. Réellement. Si c’est votre cas, alors vous comprenez le pied immense que vous avez à pouvoir vous dire : « tiens, maintenant, j’vais mater Doberman (parce que vous en avez la subite et pressante envie). »
C’est mortel.
C’est de la balle.
Balle. Pistolet. Gun. Fusil à pompe. Armes basiques et ô combien inintéressantes…
Mon esprit part en couilles, comme toujours.
Je disais quoi ?
Ah oui, mon boulot. Du fait que je travaille par contrat, il m’arrive de pouvoir disparaître pendant une durée indéterminée. A moi de savoir gérer mon temps. « Qui contrôle son passé contrôle son présent, qui contrôle son présent contrôle son avenir ».
Raison ? Tort ?
A priori tort, on ne sait jamais ce qui peut nous arriver…
A priori raison, si l’on considère le passé, présent et futur en tant que valeur temporelle, et non plus en tant que valeur évènementielle…
Bosser dans le net, c’est aussi rester connecté.
Quasiment H24.
Et du coup, pouvoir avoir beaucoup de temps à consacrer à traîner dans les forums et les chats.
Règle numéro une : ne pas utiliser le même chat avec le même pseudo.
Règle numéro deux : ne pas laisser de traces. Ou le minimum nécessaire.
Règle numéro trois : ne pas diffuser d’informations privées.
Règle numéro quatre : rester dans le flou tout en donnant l’impression de se dévoiler.
Règle numéro cinq : connaître sa peur, son fantasme ou sa fierté physique.
Règle numéro six : recouper l’information.
Règle numéro sept : keep in memory, « La prudence fait la moitié de la vie. »
Et plus je serai prudent, plus je resterai en vie.
Et plus je resterai en vie, plus je pourrai continuer.
CQFD.
Je me suis renseigné sur mes « compagnons de travail ». En rendant grâce au FBI américain (du moins le NCAVC) d’avoir si bien classé les tueurs : d’un côté les « mass murderer » (tueurs de masse, éliminant plusieurs gugusses lors de la même partie et au même endroit) et leurs cousins, les « spree killer » (eux éliminent plusieurs personnes lors de la même partie, mais en se bougeant le cul). De l’autre, les « serial killer ». Plusieurs crimes, sur une ou plusieurs victimes, répétés dans le temps, à intervalles (ir)régulier.
Pour les chiffres, on repassera une autre fois. Mais bon, certains sont hallucinants. J’ai lu le dossier d’un mec sur un webzine. Il avait l’air assez bien documenté, interview d’un spécialiste, statistiques, tout le toutim… Le grand jeu quoi. Il avançait pour certains plus de 300 morts. Pedro Alonso Lopez. Et encore, pour lui, les autorités pensent que c’est une estimation « basse ». Ou près de 200 pour Henry Lee Lucas et Otis Tool, le roi du sadisme et le général de la douleur… Hallucinant. Plus leurs méthodes. Franchement, lire des bouquins et surfer sur des sites pour en apprendre plus m’a fasciné.
Pendant longtemps, j’ai libéré ma noirceur en me défoulant sur mon punching-ball et en lisant ces trucs.
Pendant longtemps, j’ai été à la page et sans problème monétaire.
Obligé de courber l’échine devant des connards voulant m’apprendre comment fonctionnaient les gens. Fils de pute, tu crois quoi ? Je te fais un truc mortel, bien foutu et tout, et toi tu me sors une illumination, tu te prends pour Picasso et tu me demandes de tout changer, et moi, humble serf, je dois te croire et exécuter ? Que dalle, t’es jaloux, t’as la thune et tu m’le fais sentir et payer à ta manière… Enculé de bourgeois.
J’avoue l’avoir pensé. Maintes et maintes fois. Mais à chaque fois, ne pas faire de vague, arrondir les angles. Serial Simon, fais dodo, t’auras du sang plus tard. Concentre-toi sur ton boulot.
Si bien qu’à force, j’ai pu m’assurer le minimum vital. Les gens se sont filés mon numéro de phone comme ils se seraient passé un bédo. Et vas-y que je le lâche avec difficulté, et vas-y que je fasse genre ‘tucomprendsilfaitunsuperbonboulotalorsmelepiquepastrop’…
Mais la maille a commencé à affluer.
Traduction : la thune à commencer à rentrer.
Traduction de la traduction : j’ai commencé à gagner de l’argent.
Ça m’a permis de vivre correctement, de pouvoir me cultiver, rentrer dans des milieux et me fondre dans une masse.
Montre-toi excentrique et tu peux t’intégrer, mais tu es sur le fil du rasoir.
Reste discret, fais du bon boulot et tu deviens partie intégrante du système.
Ce qui est plus utile pour pouvoir savoir les choses à faire et les endroits ou être.
Nul n’est censé savoir exactement ce que tu fais. Même la personne qui partage ta vie. Personne ne doit être au courant de quoi que ce soit.
Là encore, la virtualité de mon travail me permettait d’avoir une liberté supplémentaire.
– Simon, j’ai envie de te voir… On se voit ?
– Désolé ma chérie, mais là j’ai un super projet de malade à boucler pour lundi… Ça va être chaud…
Mieux vaut ce dialogue là qu’un autre.
– Simon, j’ai grave envie de toi, ça fait deux semaines qu’on s’est pas vu mon doudou…
– M’en fous salope, là je vais aller me faire une meuf. Une étudiante qui fait la pute par goût et par besoin. Je vais la baiser parce que c’est ce qu’elle veut, et après on jouera avec des bougies.
Y’aurais eu clash.
Blocage.
Réflexion ultérieure.
Limite des risques au maximum = liberté d’action quasi-totale.
Astuce psychologique : pour rendre l’histoire crédible, ancrer les éléments dans le temps. Le temps détruit tout, mais démontre beaucoup de choses sur son passage.
J’étais (et je suis) toujours en train de faire quelque chose.
Une meilleure organisation m’aurait permis de faire mieux et de gérer de manière plus socialement agréable.
Fuck.
Tout n’est qu’apparence, moi, ça me permet de pouvoir faire ce que je veux.
J’ai lu qu’un serial killer a besoin du sentiment de puissance procuré par l’acte. Exact. Quoi de plus jouissif que de sentir la détresse animale dans les yeux de la personne qui sait pertinemment qu’elle va mourir ?
Et là encore, l’apparence prend toute son importance : quelle sera la différence pour la chose qui va mourir ? Voir un regard doux et compréhensif ? Sentir la folie et la haine dans mes yeux ? Ou, peut être pire que tout, mourir dans la solitude ?
Apparence. Aspect extérieur d’une personne. Ce qui semble être.
Tout tourne autour de ça. C’est ce qui m’a sauvé. Et qui me sauve, encore et toujours.