La loi est passée en douce. Un 30 décembre avec quelques députés qui avaient fait le coup du rideau. C’est-à-dire que ceux qui ne voulaient pas passer la loi, voyant que les pour n’étaient plus là, avaient alors décidé de plier bagage et de lever le camp. Les partisans étaient revenus en masse juste avant le vote. Raison pour laquelle, sur les presque 600 députés, la loi sur le confort et l’identité numérique avait été votée avec “seulement” 37 voix pour. Cette LCIN, en écho à la loi pour la confiance dans l’économie numérique de 2004, instaurait une multitude de choses, qui allaient radicalement changer l’utilisation d’internet en France.
Tout d’abord, les réseaux sociaux devinrent payants. Il n’était tout simplement plus possible de pouvoir utiliser les réseaux de Meta, de Google ou de X Corp gratuitement. Le prix était modique, on parlait d’une dizaine d’euros par mois et par compte. Mais cela suffisait pour que l’usage diminue drastiquement. Dans le même ordre d’idée, les indications de puissance furent supprimées. Exit donc le nombre de likes, au revoir le nombre de visionnages : il n’y avait plus que le message. Pas de possibilité d’y répondre, de le transférer ou de le partager. Par conséquent, les premiers à perdre de leur aura furent les influenceurs et les youtubeurs. Ne pouvant plus faire de collaboration commerciale, les marques s’en étaient détournées. Sans revenus, les équipes se firent licencier.
Une autre chose fut corrigée quasiment du jour au lendemain : la pseudo-gratuité d’un Internet omniprésent. Alors que la France avait été pionnière dans un réseau véritablement illimité en data, et sans quota, la LCIN changea drastiquement la donne. Fini le streaming en 4K sur un écran de taille normale, le visionnage quotidien et pendant des heures de vidéos Instagram ou TikTok. Les plus gros forfaits ont 100 gigas de datas inclus pour le prix normal. Ce levier avait été considéré comme un usage de “bon père de famille” par les trois opérateurs en place. Netflix, Disney, Youtube et autres plateformes de VOD connurent alors des problèmes de débit : impossible de binge-watcher des séries, exception faite en début de mois. Les opérateurs réclamèrent une compensation et les lobbyistes s’acharnèrent sur le fait que ce débit ne soit pas comptabilisé dans le forfait.
Cela amena les sites internet à subir une cure d’amincissement forcé. En 1995, le poids moyen d’une page internet était d’environ 15 ko. 30 ans plus tard, le poids a été multiplié par 175. Sachant qu’une page doit se charger en moins de cinq secondes, sans quoi les utilisateurs quittent le site, les développeurs durent optimiser leurs pages. Cette transition, très rapide, permit le lancement de nouveaux services et de nouveaux sites. Les sites type « putaclic » et autres « clickbait » s’arrêtèrent de par eux-mêmes. L’usage de l’IA générative pour tout et n’importe quoi également. La France étant plus renfermée sur elle-même que par le passé, les services américains furent taxés de manières plus élevées.
Même les smartphones eurent droit à une loi bien particulière. Fini le changement tous les ans à chaque sortie d’iPhone. Votre engin devait tenir minimum quatre ans. Seulement à partir de ce délai, vous aviez l’autorisation d’en acheter un nouveau. Sinon il fallait faire tourner le marché de l’occasion. Là aussi les limites de consommation s’appliquaient, si bien que les plus riches contournaient le système en achetant des packs de gigas de datas. Les tablettes ne furent pas en reste, et les ordinateurs portables, plus modulaires et réparables, firent leur grand retour.