Près de 3 ans se sont passés depuis ce que l’on appelle maintenant “le krach de 27”, qui a amené Julien, Sophie et leurs enfants à migrer dans l’est de la France. Ils ont rejoint la famille de son frère, Paul, en Moselle. Plus précisément à Gros-Réderching.
L’été qui a suivi les élections a été très compliqué à vivre. Et encore : ils étaient restés sur Fouras. Paul était rentré plus tôt pour pouvoir diriger le magasin et éviter un pillage complet. Il avait décidé de rationner et de poser des limites. Julien, lui, avait décidé de vendre tout ce qu’il pouvait une fois la crise terminée. Sa fameuse collection avait survécu, leur appartement avait été visité et saccagé, mais pas complètement. Cela avait été un déclencheur : tout ce dont il pouvait se défaire, il le faisait. Il s’était aperçu que ses achats impulsifs étaient au final non seulement inutiles mais aussi problématiques. Moins de place et moins d’argent, voilà ce qu’il y gagnait. Son stock n’en était pas réellement un : il accumulait tout simplement depuis des années avec une volonté de revente proche de la température d’un glaçon.
En parallèle, il s’était fourni en matériel et en vêtements. Ceux-ci étaient de qualité, souvent professionnels, simples et efficaces. Le seul écart qu’il s’autorisait était au niveau des t-shirts. De groupes de musiques, de marques doudous ou à messages ironico-engagés. Rien de bien folichon par rapport à ses achats passés. Il avait également continué à nourrir son (ses) disque(s), constituant ce qu’il avait appelé des mois auparavant “le projet NELiA”.
Enfin, il avait également souscrit aux principes du V. “Sous le signe du V” était un recueil de réflexions et de bonnes pratiques écrites par un certain Valentin Sur. Celui-ci, qui se présentait comme un monsieur tout le monde aussi perdu que 99,5% de la population, avait un ton aussi décalé que le rappeur français Vald. Cette ressemblance était le fruit de nombreux questionnements – et tout autant d’interrogations – à tel point qu’une certaine ambiguïté persistait. Du temps de feu X, le rappeur originaire d’Aulnay-sous-Bois s’était fendu d’un cryptique “Putain mais c’est des réflexions basses hautement intriguantes. Je suis intrigué.”
Et c’est ainsi que par un beau matin de mai, une fois les classes présentielles terminées, Julien, Sophie et les enfants partirent en convoi vers la Moselle. La DC PJ avait acquis la maison mitoyenne à celle de Paul pour le prix de la vente de l’appartement parisien. Ils avaient réussi à vendre l’appartement à un prix correct, légèrement au-dessus du prix du marché. Les évènements de l’année précédente avaient changé la vision du monde pour de nombreuses personnes qui comprenaient que l’avenir n’était plus dans la ville, le travail permanent et dévalorisant. Le capitalisme avait fonctionné, mais l’humain et la société devaient revenir au centre du jeu.