Maxence avait pris sa journée. Ou – pour être plus précis – il avait décidé de s’octroyer cette pause pour pouvoir gérer son magasin. Enfin la pièce qui lui servait de lieu de stockage, celle qui lui servait d’endroit de démonstration et la pièce à bordel qu’il avait surnommée “la pièce à Monica”. Les autres lui servaient de pièce à vivre et de chambre.
Pas d’ouverture pour les clients lambdas, il devait finir de ranger les dernières caisses et surtout faire le tri dans les deux caisses détruites la semaine précédente. Des abrutis de manifestants étaient entrés dans son magasin alors qu’il avait le dos tourné, avaient jeté à terre des cartons de DVDs et de Blu-ray qu’il venait juste de recevoir. Un lot pour lequel il avait mis quelques billets, creusant un peu plus son découvert mais sur lequel il pensait pouvoir se refaire. Pas complètement non, pas totalement, il n’était ni fou ni stupide, et même plutôt lucide. Mais, sur ce coup-là, il n’avait rien vu venir. Rien de rien. Comme un nuage de criquets. En l’espace de 5 à 10 minutes, ce qu’il avait mis des mois à construire s’était envolé.
Déjà qu’il ne gagnait rien avec son business d’achat-vente dans ce quartier, pourtant populo, qu’il jonglait avec sa trésorerie en permanence… Récemment, il avait décidé de s’appliquer un microsalaire bimensuel plutôt que de se faire son virement le 5 du mois pour faire plaisir au banquier. Il payait ses charges, remplissait un peu le frigo de bouffe pas chère et le bac à légumes de bières Top Pouce et allez hop.
En faisant un peu de black par-ci par-là, en revendant des trucs du magasin en loucedé sur Vinted pour racheter d’autres brols à se revendre à lui-même pour le shop, il s’en sortait. Le coup du salaire en deux fois était un vrai truc de génie, c’était son ex qui lui avait suggéré. Il aurait bien voulu lui suggérer autre chose aussi, incluant également sa bouche, mais elle avait viré sa cuti et préférait maintenant les femmes. Dommage, il laisserait libre cours à son imagination.
Pour le moment, faisant défiler les messages sur son WhatsApp, il retomba sur celui de Julien qui lui disait justement chercher des lots. Vu l’état des cartons et des boîtiers, c’est tout ce qu’il pouvait lui proposer. Il fouilla dans son bordel à Monica (que Dieu bénisse Friends et Malcolm) pour retrouver un classeur à CD avec 60 pages potables. Rapide calcul : chaque page contient 4 emplacements pour y glisser un disque, il y a donc de quoi faire un gros lot de presque 250 films. Disons deux cents en considérant les disques bonus et autres joyeusetés.
Il envoie un message à Julien en lui expliquant l’affaire et lui en proposant 200 euros. 1 euro par film, une bonne affaire. La réponse ne se fait pas attendre et le “Balance ta liste” de Julien sonne un peu comme le “Balance ton fric” que Salim lui donne lorsque Maxence est en veine et qu’il vient de chercher une petite barrette de pollen.
- PTN tu fais chier Julien, je vais pas pouvoir te faire la liste complète
- Bah ça va, tu prends une photo de chaque page que tu remplis et tu me l’envoies, de cette façon, j’ai l’info et je te valide le truc !
- Non mais attends, tu vas vouloir tout renégocier. Tu vas me prendre le crâne pour chaque film que je mets dans la pochette, parce qu’il est trop vieux ou trop naze ou pas dans la bonne édition. J’te connais.
- Même pas vrai. Mais 200 balles pour des films issus de ton catalogue à merde Vinted, excuse-moi, mais c’est trop cher payé.
- C’est toi qui me disais en plus que tu voulais te refaire une bibliothèque physique, avec les plateformes qui décident pour un oui ou pour un non de supprimer tel ou tel film de leur catalogue, de recouper telle scène ou de la modifier. Non?
- Oui, mais pas pour deux cent balles à l’aveugle.
- Ok ok ok, tu me prends la valisette à combien ?
- Sur Vinted, un lot de DVD sans boîte ni jaquette, tu dois trouver ça pour genre 50 centimes le disque.
- Eh oh Julien, je vais pas te faire le lot à 100 balles. Fais-moi confiance, je te mets pas du film de merde, j’te mets ce que j’ai en stock et qui doit être pilonné vu la gueule du carton. À 150 balles, tu passes le chercher ce soir. En cash. Si ça te va, je pourrais p’t’être en faire d’autres dans le même style. Okay?
- On est corda. À ce soir.