Julien se lève. Il est tôt, très tôt. Trop tôt, même si l’on se base sur sa vie d’avant où se lever avant sept heures du matin revenait à se lever au milieu de la nuit. Mais, maintenant qu’ils suivent l’heure du soleil, se levant et se couchant à son rythme, il n’y fait plus trop attention. Il leur arrive de dormir plus longtemps, évidemment, surtout les enfants Théo et Jade, mais il préfère faire des siestes. Quoique, l’âge joue peut-être aussi, il est vrai.

Il descend pour aller aux toilettes. Celles-ci sont séparées de la maison de quelques mètres. Ce n’est pas une distance importante, cependant l’hiver le froid change la donne. Il se fait une nouvelle fois la réflexion qu’un couloir ne serait pas superflu, et qu’au moins ça le protégerait de la pluie. Il y a tellement de choses à faire encore, et des plus cruciales, qu’il se dit qu’on verra cela plus tard. Il se rappelle encore de la réflexion de Sophie quand il a commencé à planifier l’installation des toilettes sèches. De 1 : pas de ça dans la maison, fallait pas déconner, y avait des limites aux conneries qu’elle était capable d’encaisser. Et, de 2 : il faisait ce qu’il voulait lui, mais pour elle il était hors de question de se passer de toilettes normales, dignes du XXIᵉ siècle. Elle ne demandait pas des toilettes japonaises, mais quand même. Il avait tout de même réussi à brancher le réservoir de la chasse d’eau sur le circuit des eaux usées, les eaux grises. Lavabos, douches, vaisselles : elles étaient toutes redirigées et récupérées dans un chauffe-eau, non chauffé forcément. Quant à lui, “ses” fameuses toilettes sèches, il avait opté pour un système avec récupération d’urine. De cette manière, il pouvait l’utiliser en la diluant dans de l’eau. Avec le marc de café, cela lui apportait ainsi une source supplémentaire d’engrais pour son potager.

Il en profite pour faire un tour dans le poulailler afin de récupérer quelques œufs si possible. Il avait l’habitude de prendre plusieurs repas par jour, au minimum deux, voire trois. Il mange maintenant tout au long de la journée, lorsqu’il en ressent le besoin. Cela amplifie même la tradition du repas dominical, qu’ils prennent tous ensemble. Souvent avec son frère, Christine et les enfants. C’est peut-être à cette occasion qu’ils mangent encore de la viande, d’ailleurs.

Julien se prépare rapidement, douche, ratiches, enfile son pantalon de travail Carhartt, un vieux reste de l’ancien monde, et passe un t-shirt passé à l’effigie d’un des groupes d’électro qu’il aimait tant. C’est un singe jaune fatigué qui dégouline de tout ce qu’il sait. Une bougie craquelée qui lui rappelle de bons souvenirs. De Barcelone à Dublin, en passant par Paris, Londres et Bruxelles, il les a vus un peu partout, dans toute l’Europe. Signe d’un amour inconditionnel à la limite du fanatisme, à précommander chaque album religieusement, à le trouver moins bien que ceux d’avant pour finalement le considérer comme le chef-d’œuvre absolu.