(…) l’humoriste, accessoirement président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump évoque plusieurs nations africaines, le Salvador et Haïti en déclarant, je cite, « Pourquoi toutes ces personnes, issues de pays de merde, viennent ici ? »
(Juliette Fievet, Kery James & Kalash Criminel – PDM)
La voix de la présentatrice sur la chaîne DN3WS avait quelque chose d’insupportable. Non seulement elle parlait pour ne rien dire, répétant sans cesse qu’ils ne savaient rien mais qu’ils diraient tout ce qu’ils savaient dès que possible. Voire même avant que cela ne soit confirmé par des sources officielles, car eux-mêmes le savaient de sources sûres.
Louis, qui attendait son collègue pour partir en maraude afin de prendre des photos de la jungle, soupira. Désabusé, déprimé et énervé, sans qu’il ne sache dans quelles proportions exactes il prend quelques photos de la compagnie de CRS en face. Pas de numéro d’identification, pas d’autres signes que des insignes du héros Marvel The Punisher ou du jeu vidéo Call of Duty. Certains se prennent pour Ken Block et s’amusent à drifter sur la plage. Louis sourit, il a fait le buzz sur le net avec une vidéo il y a quelques semaines où une Dacia Sandero de la police nationale s’est embourbée après une séance de ce genre. Forcément, il était encore moins bien vu par les hommes en bleu. Déjà qu’ils ne lui rendaient pas la vie facile, depuis lors c’était encore pire.
Marin arrive enfin, Louis écrase sa clope et jette le mégot dans son cendrier de poche pour traverser la rue et le rejoindre. Rapide check de la main droite tout en avançant en direction des tentes. Les deux compères ont des informations comme quoi les tentes sont détruites par la municipalité. Ou par des personnes proches de la police municipale. Ou par des personnes proches des services municipaux. Ceux qui savent ne veulent trop rien dire, ceux qui ignorent parlent sans raison et sans informations.
La situation est compliquée, comme toujours dans la jungle. C’est une zone de non-droit avec ses propres règles, où aider son prochain peut amener à se prendre une amende, car celui-ci est en situation irrégulière. Ou la distribution des repas se fait saupoudrée de gaz au poivre histoire de bien assaisonner le plat. De toute façon, comme le disait la maire : elle préférait payer 100 euros d’amende plutôt que d’encourager une situation qui mènerait à 10.000 migrants à Calais dans un an. De l’argent prélevé sur le budget de la municipalité, alors que le Conseil d’État avait donné son feu vert à la création d’un nouveau centre d’accueil d’urgence pour migrants à Calais. Celui-ci avait ordonné à l’État et à la commune de mettre en place des mesures pour venir en aide à cette population, comme la création de points d’eau, de douches mobiles et de sanitaires.
Louis et Marin arrivent enfin au point de rendez-vous et leurs contacts sont déjà sur place. Jahd et Kareem sont leurs yeux et leurs oreilles sur place. Le couple confirme ce que les pigistes ont entendu. Il y a bien des descentes la nuit, parfois même lorsqu’il pleut, pour sortir les personnes des tentes. Elles sont parfois déchirées à coup de couteau, parfois piétinées ou jetées. La police laisse faire et regarde d’un œil bienveillant les coupables. Jah et Kareem disent que les policiers connaissent les gens qui font cela. Ils les appellent par leurs prénoms. Les associations aussi sont au courant, car elles évacuent les déchets dans la matinée avant de revenir avec de nouvelles tentes l’après-midi.