Les quelques jours qui précédèrent mon départ furent assez intéressant. Des bruits couraient que des couples s’étaient formés, au moins trois, et cela faisait la une de Ragot FM. Tout le monde cherchait à savoir qui c’était, et du coup Magali m’évitait et restait distante lorsque nous nous croisions. Cela me dérangeait pas, au contraire, je pouvais m’occuper d’un projet qui prenait tout mon temps de travail quasiment : siphonner les informations de la base de données du groupe, tant produits que clients, car cela pourrait m’être utile. Le 31 je me retrouve dans des bureaux désertés, avec quelques cadavres de bouteille de champagnes, pardon de mousseux, qui traînent par ci par la suite au départ d’un des gars des achats. Devaient être tellement pleins et sans rallonges qu’ils ont du finir de se la mettre Au Bureau. Ce bar a un nom ironique mais doit sauver un nombre incalculable de couples. Alors comme on est une demi douzaine dans l’open-space et que Magali est là, qu’en plus c’est mon dernier jour et vient quand même me voir vers 16h quand j’en suis réduit à faire mon carton (rapide vu que je n’ai jamais rien de personnel) et elle s’assoit sur mon bureau, son cul presque plat étant presque à la bonne hauteur et m’offre une vision complète sur ses jambes et ses petits seins moulés dans une chemise à carreaux brun que je devine sous son pull gris léger.

– Tu comptes faire quoi après ?

– Je sais pas, je verrais si j’ai des propositions ou si je vois passer des trucs.

– Pas envie de rester ici ?

– Non pas vraiment. J’préfères te voir en dehors…

A ces mots, elle hausse les sourcils, surprise, et je vois qu’elle vérifie imperceptiblement si quelqu’un a entendu.

– Cela m’étonnerait, je ne suis pas du genre à me faire inviter.

– On partagera la note, mais je préviens je paye souvent en liquide.

Elle a un sourire en coin, elle a compris le sous entendu et me demande mon numéro. Je sors mon Samsung de ma poche et lui donne en lui disant de m’appeler pour vérifier. L’écran du téléphone s’illumine, et je lui explique qu’en bon asocial à temps partiel, mon téléphone est souvent sur silencieux ou vibreur. Elle me réponds OK et me claque deux grosses bises sonores sur les joues en pressant ses seins contre mon torse. Allumeuse va. Une fois que j’ai fait ma tournée d’adieu, certes moins triomphale et ovationnée que celles de Charles Aznavour, je me casse et fait un clin d’œil à Marina qui me fait un grand sourire et un grand signe. Je me rapproches, lui demandes ce qu’elle veut, et quand elle me sort « un dîner » je lui fais un grand sourire. On se parlais un peu plus par Skype depuis le repas de Noël, quelques SMS amicalement réchauffant le soir, mais rien de bien concret. Mon objectif principal étant toujours la responsable marketing. Mais avoir Marina dans mes contacts sociaux me permettra de savoir ce qui se passe « de l’intérieur » ce qui peut être utile. Et si je fini par connaître son intérieur c’est pas mal non plus.

A savoir que Marina a mon véritable numéro de téléphone. Enfin le plus courant, celui que j’utilise le plus. Pas le même que celui donné à Magali, un vieux smartphone que je n’utilisais plus, avec un numéro d’une carte prépayée. Avantage intéressant : comparé à mon propre Samsung, la batterie est amovible, facilement. Disons un investissement de 20€ à tout casser, mais cela me permet de pouvoir jouer mon rôle tranquillement. Raison pour laquelle ce téléphone est sur silencieux : je ne vais pas l’avoir tout le temps sur moi donc elle aura une explication logique au fait que je ne répondes pas de suite. Et si je décide de la ramener sur mon vrai téléphone, il suffira de dire que je change d’opérateur.

Alors comme je sais que sa fille est chez son ex jusque dimanche soir et que son soi-disant mec sera en séminaire tout le week-end, pas comme elle dont la fainéantise a fini par être trop visible, je lui balance directement un texto pour la voir le lendemain, prétextant que « com’on j’ai été sage pour Noël – on se voit demain chez Jeannine? » et j’attends la réponse. Je reste dans la zone comme cela la triangulation GSM ne me trahira pas – j’ai des remontées de paranoia – et je me suis pas trompé car je recois une confirmation « OK 17h pour l’apéro ». Tout bien, pas besoin de plus et je coupe le téléphone. Je crois que je vais trop loin mais la partie qui s’engage risque d’êtreassez hardue. Il est 16h45 le lendemain quand je rallume le téléphone en passant devant chez Jeanine, et que me dit que si il y a d’autres rendez vous cela serait intelligent de prendre un bar plus proche de chez moi. Je fait un suat au bureau de tabac à coté et me chope un paquet de Malback rouges. Mon pote brusselois devait m’en ramener mais il avait oublié. Chauve comme un œuf, le soleil de la capitale de l’Europe lui avait brûlé le cerveau. 7 minutes après cinq heures la greluche se pointe et me repère immédiatement, facile vu que je suis sur la terrasse chauffée et se penche pour me faire la bise, ce qui me donne un apercu de la naissance de ses seins et de son soutif (rouge). Bien évidemment nous sommes des (ex)collègues, alors on se met á parler du taff. Comme pas mal de boites de nos jours, la notre a tendance a recruter a tour de bras. Mais que du contrat temporaire, que ce soit CDD, intérim ou stage. Raison simple, le fric et l’optimisation des couts. Comme ca, la masse salariale reste la meme et ils peuvent faire face a une hausse de l’activité sans perdre leur sacro sainte rentabilité, ce qui permet de rendre les actionnaires heureux. Conséquence directe : le turnover est important. Et Magali se pose des questions car si son pole est épargné avec un seul départ en un an, le plateau d’à coté fait face a une veritable hémorragie avec une dizaine de départ sur la meme periode.

Mais je ne suis pas venu la pour parler taff, alors je l’oriente vers des sujets plus persos, et je sais comment faire en sorte qu’elle se détende, en choisissant des sujets qui lui tiennent a coeur et en adoptant un point de vue partiellement identique au sien avant meme qu’elle l’ai exprimé. Pas de magie la dedans ou d’osmose, simplement que je connais sa vie pour avoir fouiller les recoins de l’interweb a son sujet. J’ai un dossier sur une clé chez moi, nommé ILAGAM1005, comme son pseudo usuel. ILAGAM comme son prénom écrit a l’envers, 10 05 comme sa date de naissance. Ca fait assez nom de médicaments, et je sais qu’elle est accroc a pas mal de pillules. Que celles ci soit légales ou illégales, je m’en tape, je l’ai déjà classée dans la catégorie « fragile psychologiquement ». Et comme elle se sent en confiance rapidement, je la branche sur sa vie perso. Je me renseigne sur sa fille, Léa, qui vient d’avoir 5 ans, rentrera au cours préparatoire d’ici quelques mois et Magali veut qu’elle ai toutes les chances de son coté donc elles lisent déjà ensemble. J’aime pas les gosses, mais j’apprends ainsi son planning, rythmé sur sa fille. Je me le note mentalement, histoire que je sache quand elle sera totalement disponible.

De sa fille on passe a son mec actuel, qu’elle ne nommes pas, bien qu’elle sache que ce soit un secret de polichinelle dans la boite.

– Tu comprends, apres la naissance de Léa, j’étais déjà séparée de son père. Et j’aime bien ce coté femme lbre, indépendante… Alors ouais…

– Pas facile non ?

– Pas vraiment, je sens que mon mec a parfois du mal avec la situation, mais Léa, c’est toute ma vie. Elle est prioritaire sur tout. Elle passe avant moi, j’ai trouvé le rythme maintenant : une semaine je suis une mère au foyer, la semaine d’apres je suis une célibataire maquée…

– Célibataire maquée ? Woah, j’aime bien ta définition. Ca donne des idées !

Elle mate mon sourire, sourit a son tour et baisse les yeux en secouant la tête.

– Ècoute Simon, a propos du repas de Noël… J’étais bourrée, et la coke a pas aidé. J’aurais pas du faire ca.

– Pourquoi non ? Le seul truc qui me dérange la dedans c’est que je n’ai pas pu te rendre la pareille. Et sur le coup lá, je suis plutot féministe dans l’ame.

Elle se marre pour de bon. Au fond y’a un vrai courant qui passe, et je me vois mal la buter pour le plaisir. Elle a un mome. Pour Léa, grandir sans mère serait une chose sans nom. Car je suis certain que Mag se comporte bien. Son mec, j’en suis un peu moins sur mais je m’en tape. Mais je sens qu’elle est peut etre faible, et que je peut avoir une emprise sur elle. J’ai toujours voulu expérimenté une vraie relation maitre/esclave. Une soumission réelle. Le truc qui dure, j’ai tendance a vouloir casser mes jouets trop vite. Alors je la remets sur les rails de la direction que je veux obtenir. Elle reprend la conversation en essayant d’esquiver.

– Heureusement que personne nous a vu, enfin,,,- Tu sais, des bruits courts que au moins trois couples ce sont formés.

– Oui je sais. Et a priori, personne ne sait qui et qui.

– Sauf pour Jean et Alicia.

– Ouais, ok, bon, eux c’est pas pareil, ils se sont affichés après. Et ils sont comme toi, ils ne font pas partie de la boite !

– Ah bon ? Intérimaire c’est synonyme de paria ?

– Nooon c’est pas ce que je voulais dire. Mais Jean a démissionné et Alicia n’était la que pour 3 mois, alors c’est pas grave. Ca fait la une de Radio Ragot, mais dans quelques mois la boite sera passé a autre chose !

– Pas comme toi avec ta position ?

– Oui. Malheureusement oui… Je veux évoluer, et cette boite est un bon tremplin. Je te paraît carrieriste ? C’est le cas. Alors tu comprends, le scandale (ici insérer un geste des mains pour signifier qu’elle met des guillemets a ce mot), je préfères éviter.

– Ton mec la dedans en fait c’est pas vraiment ton soucis si je capte bien ?

– Non. Un peu. Je suis pas sûre de lui a 100 %. On couche ensemble, on vit ensemble une semaine sur deux mais c’est un mec. Je suis accroc a lui hein, il doit dire que je fais des scènes terribles mais j’ai mes raisons.

– Je pige.

Je sens que le moment est venu. Je la regarde, lui demande ce qu’elle doit faire aprés et comme elle doit aller rejoindre deux copines a elle d’ici une heure, je suis maintenant sur que c’est maintenant ou jamais. Si j’avais un doute, je sais que ma rose a accompli une chose magique. Elle a enregistré une vidéo qui peut foutre sa carriere en l’air. Que cette video soit diffusée et elle s’en relevera jamais. Elle sera « la suceuse blonde des chiottes ». Pour une cadre, pas top. Surtout quand tu es dans le marketing ou tu es sensé soigner ton image. Alors je me penche vers elle, par dessus la table, et je me mets a murmurer d’une voix calme.

– Mag. Je vais jouer carte sur table. La pipe que tu m’as faite y’a deux semaines était fantastique. Pour être honnête, j’ai passer le reste de mon temps dans la boite a bander a moitié quand je te matais. Mais j’ai envie de plus. Je VEUX plus.

– Simon bordel, je viens de te dire que c’était une erreur. Ca aurait pas du se produire, et ca se reproduira plus.

– Oh si Mag, ca va se reproduire. J’ai envie de baiser de nouveau avec toi. Pas une fois entre deux verres, mais essayer des choses. Experimenter des trucs. Jouer un peu. Beaucoup.

– Putain si j’avais su je serais pas venu merde !

– Magali. J’ai une video de ta bouche sucant ma queue en HD. Alors c’est simple. Soit tu crois que je bluffe, et dans ce cas tu peux te casser maintenant, les verres sont payés et tu as rendez vous avec tes copines. Ou alors tu as un doute, et tu m’écoutes.

Je me rasseois correctement. M’enfonce dans le fauteuil. Pour une terrasse, on est pas mal ici. On est mème plutot bien. Je reprends une clope et l’allume, tout en matant la blonde en face de moi. Je peux voir sur son visage ce qui se passe dans sa tete. Elle me regarde, ferme les yeux, murmure un « comment » presque plaintif, une voix de petite fille qui remonte brusquement a la surface. Je retorque que la question n’est pas comment mais si elle a envie de tester la véracité de l’histoire. Elle ferme les yeux et je vois une larme perler a son œil droit. Je décide de calmer le jeu, de la faire douter. Il ne faut pas qu’elle puisse se plaindre d’un chantage, sinon je suis mort. Il faut qu’elle se soumette. Alors je reprend la parole d’une voix douce, en lui prenant les mains.

– Mag, j’ai simplement envie de toi. Envie de… de jouer avec toi. Partager des expériences avec toi. Ensemble.

– Simon, comment… Comment as tu pu…

– Je n’ai rien fait. On a eu un moment privilégié ensemble, et j’ai envie d’en avoir d’autres. Ta réaction aprés coup a declenché un fantasme.

– Je comprends pas. Je comprends pas.

– J’ai envie de te revoir. De te voir soumise, excitée, demandeuse. De sentir ton désir.

– Mais non, pas comme ca…

– Mag, la vidéo est chez moi. Et sur le réseau de la boite. Alors décides toi. Soit tu me dis qu’on serevoit, et pas pour boire un thé, soit il est possible que quelqu’un la trouve si je la suprrimes pas.

– T’es un connard. Un putain de connard. Un salopard de merde.

– Non. Je te forces la main. Je t’ai pas obligé a me sucer. Maintenant ouais, je veux que l’on refasse des trucs. Alors je te promets que je dégage la vidéo du réseau ce soir. Je rentre chez moi et je le fais. Mais j’ai une copie, et si on se revoit, je pense qu’au bout d’un moment je la dégagerais aussi.

– En gros, je te baises ou tu me baises ?

– En gros, on joue ou tu perds.

Elle ferme les yeux, je l’entends respirer fortement, elle les rouvre et me fixe soudainement. Me demande comment elle pourrais me faire confiance. Alors je joue la carte douce, celle qui devrait la faire tomber. Celle que j’ai percue instinctivement depuis que je fouille sa vie. Parce qu’elle veut une vie rangée, pour les convenances, pour sa fille, pour le paraître. Mais qu’elle veut aussi une part de liberté. De domination, de désir, de provocation. « Comme je t’ai dis, on joue ensemble, un truc fantasmé et basé sur le cul uniquement. Entre toi et moi, chacun étant libre et libéré quand on est ensemble. Le reste je m’en tapes, je veux pas le savoir, tout ce qui est romance, tendresse et ce genre de conneries tu le gardes pour ton officiel ». Ca fait mouche, elle finit son verre et pousse un soupir.

– De toutes facons, je n’ai pas le choix.

– Si. Je te promets que la video sur le reseau sera supprimé ce soir. L’autre, ben… Elle existe, a toi de payer le prix que je demandes. Ton cul. Tu peux refuser, mais dans cas, elle pourra etre diffusé un jour. Ou pas. Je m’en tapes au fond.

– Tu t’en tapes ? Mais tu me demandes de recoucher avec toi ?

– Non. Je te proposes de coucher avec moi et en fonction de comment ca se passe, on arrêtera a un moment et tout sera fini.

– Fini ? C’est un fichier a copier. C’est sans fin.

– Non. J’aurais pu ne rien dire et la diffuser.

– Vrai. Donc ?

– Donc tu fais ta vie, et la prochaine fois qu’on se voit, on jouera. Ensemble. Disons que tu es a ma disposition, et que tant que je ne demandes rien, il ne se passe rien.

– C’est toi qui a les cartes. Je suis impuissante.

– Pour le moment, oui. A notre prochain rendez vous, ca sera a toi de montrer ce dont tu es capable. Au plus on joue, au plus vite tu gagnes.

– Batard.

– Je sais.

Je regarde ma montre, et je me dis que le timing est bon. Je propose qu’on se casse, je dois rentrer chez moi et bosser, elle doit rejoindre ses copines. On se lève tous les deux, je la raccompagne au parking et sur le chemin je la prends par le bras. L’embrasse dans le coup et la retourne pour lui faire face. Lui demande de m’embrasser, là dans cette rue déserte. Elle commence a contre coeur, je la colle, lui fait sentir ma teub a moitié bandée et d’un coup sa langue cherche la mienne. Je me recule, lui dit a bientôt et je pars en direction de la bouche de métro. Il arrive quelques minutes apres, et je desosse le portable en aveugle dans ma poche. La premiere partie est jouée, Mag 0, Simon 1 mais je dois prendre mes précautions. Je lui enverrais un message tout a l’heure, une fois la vidéo effacée du serveur CDN. Quelque chose de neutre comme « j’ai effacé ce dont on parlait, bisoux ». Je ferme les yeux quelques instants et vérifie mentalement que rien ne peut me lier. Tout est ok je crois, alors je démonte la batterie et j’attends patiemment mon arrêt.