On s’était recontacté sur les réseaux sociaux. Un simple message sur Insta, un vendredi soir. Je l’avais laissé en “vu” quelques heures avant de me décider à ouvrir la conversation. Je me rappelais très bien d’elle, une séance particulière lors d’un week-end caniculaire. Le prétexte était de tester un appareil photo, prétexte qui avait dérapé en séance de shibari, bondage et BDSM light.

On avait commencé à s’envoyer des messages. Elle quittait son mec, elle avait prévu un weekend déconnecté, pour se retrouver, sans sa fille. J’avais proposé qu’on se retrouve, en public d’abord et en privé par la suite. On ferait les choses bien, chacun sa chambre sur le même palier d’un hôtel en banlieue parisienne. 

Elle m’avait prévenu : elle avait changé. Le poids des années, une grossesse et une vie sédentaire étaient passés par là. Plus d’envies, de désir sexuel ou autres jeux. Mais, je me rappelais bien, très bien, trop bien de ces capacités buccales. Une performeuse de haut vol qui avait gagné son titre de fée à ce sujet. Une source d’images mémorielles inépuisables qui avait servi à des fantasmes plus ou moins inavouables.

Pour cette redite, je me suis fait plaisir sur une boutique en ligne. Histoire d’avoir une mallette remplie de jouets et accessoires pour passer le temps et pimenter la soirée. Pas de drogues, pas de substituts chimiques, deux bouteilles de Chardonnay et une de tequila pour des shots. Le concept était assez simple. Elle coucherait sa fille sous surveillance, puis me rejoindrait pour un apéro avant que nous allions dîner. Tout en passant un quiz de culture générale. Une bonne réponse, un cadeau ou du moins aucune action. Une mauvaise, une action qui irait crescendo. Bien évidemment, un safeword, le nom de sa fille pour arrêter l’engrenage.

Il était 10h30 quand elle frappa à ma porte. Embrassades, enlevage de veste et elle s’installa dans l’un des deux fauteuils. 

  • Alors c’est quoi le jeu ?
  • Je pose des questions, tu dois répondre. Juste et sans indice tu gagnes 3 points, juste avec indice 1 point. Comme t’es pas là pour gagner le grand prix, t’auras des gages si tu perds. Correct ?
  • Ok, donne moi un exemple.
  • “Sebastian, Sasha et Gernot forment un groupe : comment l’appellent t’il ?”
  • Facile, Moderat.
  • Parfait.
  • Niveau gages il y a quoi ? 
  • D’un shot de tequila à devoir utiliser certaines expressions ou objets en public. Rien qui ne concerne ma teub et ta bouche.
  • Même si c’est moi qui demande ?
  • Il faudrait que tu demandes à être traitée comme une traînée.

Pas besoin de faire de shit chat, on en aurait l’occasion toute la journée en se promenant dans les rues de Paname. J’ai beau retourner régulièrement dans cette ville, comme un moustique attiré par la lumière (ou une mouche par la merde), je trouve la trouve toujours magnifique. Moins que les calanques, mais quand même. Prise au jeu, elle me demande une seule chose, valider les gages. Condition sine qua non pour qu’elle participe de son plein gré. Le dictionnaire t’apprendrait qu’il s’agit d’une chose absolument indispensable, sans quoi l’affaire en question ne peut devoir s’accomplir, avoir lieu. C’est le consentement, c’est normal, alors je reprends la note sur mon smartphone. Facile, c’est une liste à cocher, j’ai gardé celles qui sont acceptées et dégagé celles refusées. Mais pour que le jeu soit équitable et fair-play dans son iniquité, elle en a ajouté aussi.

  • Non, vas-y, je suis curieuse de voir ce que ton esprit tordu a imaginé.
  • Que des trucs que tu as déjà faits, n’oublie pas que tu m’avais envoyé ta liste il y a fort longtemps.
  • Tellement longtemps qu’entre temps je me suis mariée, j’ai eu un enfant, j’ai divorcé et changé plusieurs fois de métier et de ville…
  • Je n’ai jamais dit que c’était incompatible.
  • Pas faux. Je suppose qu’il y a des vêtements à enlever et d’autres à mettre ?
  • Mmmmh mmmmh…
  • Te connaissant, m’introduire un toy et le porter en public, classique, même pas tu te renouvelles.
  • Comme qui dirait, c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes. 
  • Oh, je suis peut-être ménopausée mais pas vieille. Et la marmite peut toujours tirer, je suppose que tu le sais, sinon tu ne serais pas en train de poser les règles de ce jeu. Bon…
  • J’ai trouvé un collier qui t’iras bien. Mais vaudra mieux que tu enlèves ton soutif pour le passer et pouvoir l’attacher. Je pense que ce sera un des derniers gages.
  • Ah… Et toi rien ? 
  • Non mais je prévois de me délester de substanciels billets.
  • Je passe un peu pour une pute là, non ?
  • Je dirais plutôt que tu joins l’utile à l’agréable. La thune est un bonus, pas un moteur.
  • Ok tant que ma fille se doute de rien. T’évites tes allusions de gros lourd steuplait. Plutôt que de filer des billets, si je passe à la casserole, tu passes à la banque. Tu rinces la journée, si ma fille veut des trucs et que je suis d’accord, tu passes à la caisse.
  • Pas de souci je mettre cela sur ta note.
  • Ça marche. Et fous toi çà dans le crâne : je te suce si je veux, j’avale si j’en ai envie et pour le reste t’as intérêt à faire tremper ma culotte Petit Bateau. Et t’oublie tout ce qui est photo.
  • Deal.


Elle sort de la chambre préparer l’expédition, on s’est mis d’accord que c’était à moi de leur faire découvrir “mon” Paris. Elles sont la pendant 3 jours, moi une seule nuit, et on a chacun des trucs prévus de notre côté en parallèle. Un peu le bordel pour se retrouver mais heureusement j’ai géré pour ne faire qu’une zone par demi journée.

On commence par un quartier pensé pour mettre des paillettes dans les yeux de n’importe quel touriste : le huitième, avec un combo Concorde / Tuileries / Tour Eiffel / Champs Élysées qui devrait mettre tout le monde d’accord. J’ai prévu de descendre aux Champs de Mars, remonter vers la Tour, puis de continuer en direction de l’Arc de Triomphe, avant de redescendre tranquillement les Champs Élysées. Je sais qu’à un moment ma CB va chauffer, probablement, mais le jeu en vaut la chandelle. En sortant du métro, je pose la première question. Mais en m’adressant à sa fille.

  • Tu savais que la Tour Eiffel devait être temporaire ? Elle a été construite en 1889, pour l’Exposition Universelle, et qu’elle devait être démontée après ?
  • Oui, notre prof nous l’a expliqué. Mais comme c’était un symbole, ele a été gardée !
  • Et ouais. Et c’est pas Gustave qui l’a imaginé mais deux ingénieurs de son entreprise. Il leur a racheté le brevet une fois celui-ci déposé.
  • Ah bon ?
  • Oui ta mère te le confirmera je suis sûr…

Je vois un éclair de panique passer dans les yeux de celle-ci, elle vient de comprendre que le jeu ne serait pas aussi simple que prévu.

  • Bien sûr ma chérie…

Je prends mon téléphone, lance l’application de planificateur de SMS et sélectionne le premier gage.

En arrivant aux pieds de la Dame de Fer, la française, pas l’anglaise, je vois qu’elle reçoit le sms, le lit discrètement avec un sourire en coin. La petite est fascinnée par les vendeurs à la sauvette qui veulent lui faire un bon prix sur leurs copies bas de gamme made in RPC. Je la vois qui fouille dans son sac tout en lui demandant si elle en veut une. Devant la réponse affirmative, elle s’approche de moi, me glisse quelque chose dans la main en me susurrant “tu avais pas précisé que c’était celle que je portais, file moi 20 balles maintenant” et part avec sa fille choisir un modèle. Bien joué. Manque de cadrage, de finesse, reprise de volley et… Je sors un billet pour payer une boule de neige avec une tour fuschia, je la négocie à 10 par excès d’orgueil : elle prend la monnaie en souriant pour la donner à sa fille.
Elle 1 – Moi 0.

Pas grave, je suis joueur. Sachant qu’elle le sait, cette provocation signifie qu’on va pouvoir pousser les curseurs.

On remonte en direction de la place de l’Étoile. J’en profite pour montrer toutes les choses invisibles au commun des mortels. Celui qui marche pour se rendre d’un point A au point B. Celui qui pense à sa réunion plutôt qu’à sa vie. Celui qui avance parce que demain sera identique à hier ou à aujourd’hui. Je montre un Invader, un second puis un troisième. J’adore ce type de ballade, en plus, j’ai mon scanner, je peux enregistrer des textures. Je suis sûr que l’on peut historiser la ville uniquement avec ses posters, ses graffitis, ses affichages sauvages et Google Street Maps.

  • Tu vois ces mosaïques ? Ce sont celles d’un artiste français, il s’appelle Invader. Il en a posé plein partout, dans de nombreux pays. Sur tous les continents. Même dans l’espace !
  • Nan, tu me fais marcher.
  • Si si je te jure. Tu me crois pas ?
  • Non ! Il n’y a que les astronautes qui vont dans l’espace. C’est pas vrai maman ?
  • Oui ma chérie, mais… 
  • En fait, il ne l’a pas posé directement lui-même, mais il l’a donné à une astronaute qui allait sur l’ISS. C’est elle qui l’a collée. Donc techniquement, il y a un Invader en orbite. 
  • Ouah…

Je regarde sa mère en souriant, en me grattant la joue avec deux doigts. Regardant par-dessus sa fille, je vois qu’elle forme le mot “salaud” (ou peut-être “sale pute”) avec ses lèvres. Elle sourit, je propose donc d’aller boire un verre avant l’Arc de Triomphe.

Arrivés au café, pendant que nous nous installons et commandons (un Coca light, un demi et une pinte), j’en profite pour glisser une pochette dans son sac à main. Un sextoy léger, contrôlable à distance avec une petite télécommande. Je profite qu’elle aille aux toilettes pour lui rappeler de ne pas oublier la pochette avec un petit sourire. Au regard qu’elle me lance, les yeux plissés, je ne sais pas trop si elle m’en veut, si elle me déteste ou si elle me hait. Je lui envoie donc un message pour savoir. Je reçois sa réponse quelques instants plus tard : “Nickel. Longtemps pas excitée comme ça. On continue. En place”.

Ok, Madame est joueuse. Toujours aussi joueuse que dans mon souvenir. Dans une piscine par exemple, s’amusant à me provoquer en se baignant nue, puis en jouant avec moi dans l’eau avant de passer en mode apnée.

On finit les consommations, je raque la douloureuse, un peu moins de 25 balles. Normal. Je sans contact le serveur en jetant un coup d’œil au terminal, trop habitué que je suis à leurs conneries d’attrape-touristes. Je teste le toy, légèrement, histoire de vérifier qu’elle n’a pas menti. Vu sa réaction, c’est le cas, elle a un petit moment de panique le temps que son cerveau raccroche les wagons.

Alors qu’on passe devant la station Charles de Gaulle Étoile, je m’aperçois qu’il se fait faim. Le plan initial était de continuer de trainer nos guêtres dans le quartier des Champs, mais une autre idée surgit dans ma tête.

  • Je viens d’avoir une idée. Je pensais continuer l’après midi dans le quartier, mais je crois que vous avez déjà vu le Louvre. Si ça vous dit, on peut aller manger une des meilleures crêpes de Paris dans le quartier latin ? Tu as aimé les Invaders non ?
  • Ouais ! C’est loin le quartier des italiens ?
  • À pattes, un peu oui. Mais, on va prendre le métro. Un changement à faire et on y sera dans une vingtaine de minutes. Ça te va ? Enfin… Ça vous va ?

J’en profite pour appuyer légèrement sur la télécommande et je vois qu’elle fait son effet. Elle ne s’y attendait pas, ses yeux s’agrandissent et sa bouche s’entrouvre sur une respiration. Pendant ce temps je réfléchis deux minutes à quel métro prendre. J’ai le choix. Ligne 6 puis ligne 10. Ou ligne 1 puis ligne 4. Plus ou moins le même nombre de stations, mais le premier trajet à l’avantage d’éviter Châtelet Les Halles ce qui n’est pas plus mal.

Finalement, on descend à la station Cluny-La Sorbonne, qui est la plus proche de “ma” crêperie. Peut-être pas la meilleure, probablement pas, mais avec un ratio prix / qualité / quantité honorable. Surtout à Paris. Je prends des galettes jambon fromage pour tout le monde qu’on va manger dans le petit parc en face. Je me suis promis de ne pas abuser de la télecommande, comme par exemple quand elle parle avec sa fille ou qu’elle fait autre chose. Juste pendant qu’elle boit un peu d’eau, je sais sa capacité à garder son self control pendant ces moments par expérience. Elle s’en aperçoit – ou plutôt le ressent – et me fixe en récupérant l’eau au coin de sa bouche avec sa langue.

Comme je connais mes classiques, on commence par le Panthéon et on profite de faire le tour pour chasser les portraits des Illustres de Christian Guemy, alias C215. Il a eu l’autorisation de peindre sur les caissons EDF, cela donne donc un fil rouge pendant quelques minutes. À chaque découverte j’appuie sur la télécommande jusqu’a ce qu’elle me demande de m’arrêter. Raison invoquée ? Absence de culotte de rechange. Je lui propose de lui en acheter une mais elle me rétorque qu’elle préfèrerait ne pas en porter plutôt qu’une neuve non lavée. Je la prend au mot et augmente la durée à chaque “illustre” claironné par sa fille. J’en suis au numéro 9 lorsqu’elle me glisse à l’oreille d’arrêter un peu… et de prévoir des glaçons pour le digestif…

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