La période qui suivit les élections présidentielles françaises destinées à désigner le 13ᵉ président de la République fut compliquée. La population française exprima son mécontentement sur la gestion et l’organisation dès le premier tour, et cela atteignit son paroxysme lors des résultats à la fin du second tour. Ce fut alors le fruit d’un enchaînement de situations, de scandales et d’évènements qui amenèrent à la chute d’une époque, d’un régime et – au final – d’une société.

Cela commença immédiatement dans la nuit du dimanche au lundi suivant l’annonce des résultats. Les partisans des différents groupes politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, des partisans les plus radicaux aux sympathisants ordinaires, se regroupèrent sur les places des grandes villes. Qui pour exprimer son immense satisfaction, qui pour partager son intense désarroi. Des incidents éclatèrent, des affrontements eurent lieu et de nombreux blessés furent déclarés. Les services de secours furent débordés, à un point tel que la préfecture de Police de Paris déclencha le plan Rouge Alpha (ORSEC NOVI). Ce fut le cas également dans plusieurs autres villes de France telles que Marseille, Nantes ou encore Lyon.

À la suite de cet épisode, les banlieues s’enflammèrent à leur tour. Mises sur le côté lors de la majorité des mandats présidentiels, laissées pour compte de la République, stigmatisées, les jeunes des cités prirent les armes et tout ce qui leur tombait sous la main. Ce fut alors pire qu’en 2023, par l’intensité et l’importance des émeutes. Si quelques années auparavant, les affrontements avaient lieu principalement la nuit, ils étaient maintenant permanents, éclatants à n’importe quelle heure, n’importe quel endroit pour des durées inconnues. L’ancien président, en accord avec son successeur, décida de mettre l’armée en état d’alerte et de rappeler les réservistes. Ce fut d’abord le cas de la réserve opérationnelle, afin de renforcer les effectifs qui étaient à bout, enchaînant les nuits sans sommeil et les longues journées sous un soleil de plomb. Lors de la passation de pouvoir, des émeutes éclatèrent à nouveau dans les grandes villes, et certains magasins décidèrent de fermer temporairement leurs portes. Ils avaient en mémoire les premières manifestations des Gilets Jaunes, et les débordements qui s’en étaient ensuivis.

Les universités décidèrent alors de fermer leurs portes, et de les barricader pour éviter toute intrusion. Les collèges et lycées suivirent quelques jours plus tard, ils étaient de toutes façons de plus en plus en distanciel et cette fermeture fut donc plus symbolique qu’autre chose. L’été arrivant, les usines débrayèrent et les raffineries se mirent en grève devant les réquisitions pour l’armée et la police, privant les travailleurs et travailleuses de l’essence nécessaire à leur quotidien. Les personnes les plus chanceuses ayant planifié des vacances virent celles-ci remises en question, ce qui amena à l’annulation pure et simple de nombreux trains. La grogne augmenta encore d’un cran. 

Les circuits d’approvisionnement logistique, qui avaient déjà commencé à dispatcher les entrepôts des lieux de vacances, durent se réorganiser dans l’urgence. Cela amena alors des situations ubuesques. Les supermarchés des stations balnéaires et de montagnes étaient parfaitement achalandés, mais n’avaient quasiment aucun client. Tout le frais dut être jeté car pourrissant encore plus rapidement avec la chaleur et la canicule qui commençait. À l’opposé, les métropoles voyaient leurs réserves fondre. Si les grands patrons assuraient que la situation était maîtrisée et sous contrôle, demandant aux personnes de ne pas surstocker et surconsommer, ils étaient en vérité dépassés par les évènements. Leur fameuse chaîne logistique qu’ils avaient vantée pendant les crises successives du COVID-19 était totalement désorganisée.

Des mesures fortes furent prises par le nouveau gouvernement. Ils décidèrent de stopper tout le trafic des RER et d’interdire le transfert entre la banlieue et la capitale. L’armée et la police mirent alors Paris sous cloche, forts de leurs expériences avec les Jeux Olympiques. Cette décision amena une double peine : d’un côté plus personne ne s’occupait de la qualité de vie, que ce soit dans les bureaux ou dans la rue. De l’autre côté, nombreux étaient les personnes soudainement dans l’incapacité d’aller travailler. Si certaines entreprises tentèrent de relancer le télétravail, elles étaient en général incapables de fournir le matériel, la connexion et la configuration nécessaires.

Tous ces événements arrivèrent dans un temps très court, de l’ordre de quelques jours. La France était alors éclatée en une multitude de zones de frictions, avec la Ville Lumière totalement isolée. Les pays frontaliers, et en particulier l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie,  refermèrent leurs frontières. La canicule arriva, et les services de secours épuisés firent appel à la réserve de la sécurité civile. Charge à eux de faire des maraudes afin de pouvoir distribuer – et surtout rationner – eau et nourriture. Le nombre de morts était trop important pour les services des pompes funèbres, qui durent établir des centres funéraires provisoires. Les délais s’allongeant, la canicule persistant, il fut alors nécessaire de procéder aux inhumations dans le but de maintenir une situation sanitaire correcte.

Les familles hurlèrent à l’épuration, demandèrent des comptes et des explications, le gouvernement expliqua qu’il se justifierait plus tard et déclencha la loi martiale pour tenter de protéger ce qui restait de l’État de droit qui s’effondrait. Les magasins étaient quasiment tous vides, l’électricité dut être modulée afin de privilégier les endroits nécessaires. Les personnes ne pouvant rien faire d’autre que de rester chez elles consommèrent en masse des vidéos et échangèrent en permanence sur les réseaux sociaux. Les géants américains durent dégrader leurs serveurs, ceux-ci ne pouvant subir une telle demande sous une chaleur écrasante, malgré la ventilation.

Puis la canicule cessa. La chaîne logistique se relança alors normalement, en priorisant les denrées élémentaires. Les marchés d’intérêts nationaux furent placés sous la protection de l’armée pour permettre une distribution équitable entre les villes et les villages, les supermarchés et les marchés locaux. La France était meurtrie, mais toujours vivante. Elle compta alors ses morts, non sans une dernière flambée de violence pour protester contre la gestion de la crise.

(“Notre Histoire de la France”, imprimée sur Les Presses Officielles de la République Constitutionnelle Française. Cette édition est jugée conforme et valide par le Comité fondé sur les valeurs de l’an V. Troc non autorisé. ISBN 978-2-RF-V0P0VV-113)

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